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Configurations

de Suzanne BLANCHET

Il faut partir de l’expérience de l’étonnement, enrichie par une longue pratique de la photographie. Suzanne Blanchet a observé beaucoup : paysages, objets quotidiens ou monuments. Autrement dit, le premier moment est celui de la sensibilité devant le monde. Mais à distance variable. Surgissent alors deux caractères constitutifs des figures à venir. Le premier est celui de la différenciation de la forme, souvent un détail exploité ensuite méthodiquement ; le second est celui de la collection. L’objet est premier mais multiple.

Mais il ne s’agit pas de proposer un inventaire. On ne peut plus parler de détail dans l’acte de création. La forme identifiée est structurante. Elle est généalogique car elle porte ou peut porter les étapes d’un processus de découverte et de mise en scène. Elle est générative au sens où elle suscite la combinaison de références diverses dans une configuration inattendue. D’où le titre de cette exposition.

A la fois donnée et dynamique, la forme ainsi conçue exclut tout formalisme. Pourquoi ? Elle garde toujours trace de sa matérialité initiale : objets collés ou détourés, outils photographiés, éléments d’architecture etc…Ce qui exprime le refus des hiérarchies admises comme des usages courants. Une des significations de la tendance à la monochromie dans la peinture est d’exprimer cette liberté de choix.

Pas de système par conséquent. Mais une pratique. Celle d’un recyclage qui invente ses propres valeurs au cours même du processus de création. Dans le plan, où viennent se présenter traces, contours ou matières, c’est une représentation possible - mais non exclusive, ni univoque - qui s’élabore. La création de triptyques se comprend dans cette perspective : explorer les variations induites par la forme initiale.

Il y a donc reprise de motifs. Choses vues, conservées, isolées, collées. Mais l’entreprise échappe à la répétition par déplacements, approfondissements, ou variations d’intensité. On peut penser à une manière de s’approprier le monde par phases contiguës. Mais l’invention surgit de cet exercice méticuleux d’attention. Pas de retour à l’identique. Métaphoriquement, l’ellipse qui figure dans cette exposition exprime plastiquement le processus de création lui-même : le retour est recomposition spatiale.

Dans les peintures, les formes se font signes. Nous font signe. En tensions, contrastes ou symétries, elles s’organisent en configurations, dramatiques parfois, ludiques le plus souvent. Elles désignent métonymiquement le travail, le geste ou le matériau : elles ne cachent rien de leur apparition. Le regard de l’observateur est invité à parcourir l’espace ainsi ouvert en partageant le plaisir de l’artiste à se jouer des inscriptions, des superpositions ou des glissements.

L’intérêt du travail numérique est de rendre plus manifeste et plus complexe ce traitement du plan. En exploitant les intervalles et les interstices, le jeu des transparences permet d’insérer les formes dans un espace qui gagne en profondeur. S’agit-il de perspective ? oui, mais fragmentée et déployée. La configuration fait surgir les formes – les projette vers l’observateur -, et symétriquement les utilise pour créer un monde aux profondeurs indéfinies.

Pas de repliement solipsiste par conséquent. Au départ est l’expérience sensible. Au cours du travail se crée un univers personnel qui exploite la référence au réel et renvoie au monde extérieur. Chaque configuration constitue l’inscription, la matérialisation d’une traversée de l’expérience commune d’une manière inédite. Comment nommer cette originalité ? La fantaisie dans le choix des objets et des formes. Mais la fantaisie n’est pas l’illusion ni l’arbitraire. C’est même le contraire. A la fois ludique et méthodique, la démarche de Suzanne Blanchet est une invitation à la curiosité active.

Au terme d’une première découverte, l’observateur peut refaire un parcours – désormais plus informé- des Configurations. La proposition de l’artiste « Choses vues, Choses à voir » oriente alors l’attention vers le processus de création lui-même. On peut aussi sortir de l’exposition et (re)découvrir le monde, dans son caractère incomparable pour chacun. Le possible est là.

Gilles Le Goffic

Rennes le 06/11/2011

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